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23/05/2018

C'est tellement beau !

   Je ne résiste pas à vous montrer deux trucs insolites photographiés ce matin tôt :
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Un champignon en dentelle corail ! Son nom vernaculaire est le Clathre Rouge mais on aime bien l'appeler aussi Clathre Grillagé ou encore Cœur de Sorcière ^^.

Son architecture bizarroïde surprend toujours le promeneur, d'autant qu'à l'état jeune, on dirait un œuf !!
Même s'il est classé comestible (ce qui ne signifie pas savoureux mais inoffensif ;-) on le laisse aux mouches qui s'en régalent !

En bordure d'une route assez fréquentée (puisqu'elle mène au Mont Aigoual) il y a une maison dont le propriétaire est encore un "Alexandre le Bienheureux".
L'homme a installé devant sa porte un étalage sommaire de plants de tomates :
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Sur la droite de cet étal, agrafée à une cagette, voici l'affiche que l'on peut lire (en pardonnant mille fois les fautes, bien sûr) :

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J'EN PLEURERAI !!!

Faut bien savoir que la-dite "boite aux lettre verte" n'est pas... fermée à clef.

Après avoir vu ça, on peut tous passer une bonne journée !

22/05/2018

L'histoire du cabas

   On a aperçu ce sac à malices dernièrement dans un billet :
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Il est léger, profond, pas trop grand, solide et très poétiquement décoré mais il a aussi une histoire.

En la racontant, je le montrerai sous toutes ses faces...

    Lorsque je suis arrivée à la Grande Motte en 2010, c'était en pleine période de rentrée scolaire ; période où les enfants rangent leur chambre et font du tri, il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que le container poubelle de la résidence regorge de vieilles trousses, classeurs légèrement abîmés, cahiers, etc...
Au passage, j'ai fait provision de quantités de papiers à un point tel que je n'ai plus acheté une seule feuille en 8 ans ! Toujours au passage, je ne comprends pas qu'on jette du papier neuf, mais le classeur est foutu en l'air, son contenu aussi...
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L'histoire du cabas a commencé avec une paire de rollers en ligne.

En descendant mon sac poubelle, je trouve un jeune garçon d'une douzaine d'années en train de jeter ses rollers. Un seul coup d’œil suffisait pour voir qu'ils étaient neufs.
Et ça, ça ne passait pas (ça ne passe pas mieux aujourd'hui ^^)

- Bonjour, ils sont neufs ces rollers, pourquoi tu les jettes ?
- Bin... ils me vont plus... au cas où vous auriez oublié, les enfants ça grandit aussi des pieds !

Le gosse est effronté, fringué tendance, mignon, coupe de cheveux à la mode, il pue le fils de bourge à plein nez.

- La vieille qui perd la mémoire s'appelle Maryse, et le gamin mal élevé se nomme comment ?
- Émilien.
- Je ne suis pas vraiment enchantée de te connaître... Tu as pensé un instant qu'un autre enfant serait heureux de posséder d'aussi beaux rollers ? Tu es conscient que certains n'ont pas assez d'argent pour en acheter ?
- Les pauvres je m'en fous !!
- Ça, tu vas regretter de l'avoir dit, essaye au moins de réfléchir à tes paroles. En attendant, si tu permets, je récupère tes rollers pour les apporter chez Emmaüs, ils feront le bonheur d'un gamin moins riche que toi... et pas forcément plus con.
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L'intérieur du sac est décoré aussi....

Chaque fois que je descendais ma poubelle, je récupérais des jeux neufs ou très peu servis, forcément ceux d’Émilien, il n'y avait pas d'autre gamin dans la résidence.

Et puis un jour, je trouve le fameux cabas rempli de ce qu'achète une mère à son fils pour qu'il "passe le temps" sauf que.... pas toutes les mamans ont les moyens de payer le top de la qualité.
Le sac contenait un coffret de pastels de chez Sennelier, des carnets de papiers Ingres, des gouaches, des tubes de peintures acryliques même pas entamés, des pinceaux Rembrandt encore sous blister... A vue de pif, le cabas cumulait 500 euros de matériel artistique haut de gamme.

Le sentiment que j'éprouvais alors était mitigé : à la fois du dégoût et de la joie.
Mais d'emblée, je ne fis pas attention au contenant, le voyant comme un sac de supermarché, seul le contenu me donnait le frisson...
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Une face du sac.

La fois suivante où je croisais Émilien au local poubelle, je ne le saluais même pas, ce gosse m’écœurait.
C'est lui qui m'aborda :

- Bonjour Maryse, ça va ?
- Oui merci..... Tu viens te débarrasser de quoi aujourd'hui ? Tu sais Émilien, j'habite au 23, je me demande si tu ne devrais pas m'amener directement tes rebuts...
- Maryse, c'est quoi Emmaüs ?
- Ah... tu as réfléchi donc... c'est bien.
Et j'expliquais le concept de l'Abbé Pierre mais aussi la joie d'un gosse qui m'avait vu arriver pour déposer les rollers. Un enfant très doué en glissades dont le sourire faisait plaisir à voir quand sa maman a donné 5 euro pour qu'il les emporte.
- Et si je rassemblais mes anciens jeux dans un carton, je pourrai vous les donner ?
- Bien sûr, c'est une excellente idée, je peux aussi t'emmener chez Emmaüs, pas pour te déposer, personne ne voudrait d'un gamin aussi méprisant que toi, mais pour que tu vois, tu comprendrais ainsi que tout le monde n'est pas né sous une bonne étoile...
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L'autre face...

Pendant plusieurs semaines, je n'ai plus rencontré Émilien et je n'ai plus rien trouvé à la poubelle qui me fasse penser à lui. Et puis un jour "toc-toc" à ma porte, c'était lui et... sa maman.

- Entrez, entrez !
Le discours de la mère était édifiant : Pas assez de temps pour s'occuper de son fils, son père c'était pire mais avec l'argent on lui achète des dérivatifs, heureusement qu'on peut... etc... etc...
Un flot de paroles sous forme d'excuses qui n'a eu qu'un seul effet sur moi : Me rendre quasi muette :
- Si Émilien prend conscience de la valeur des choses, c'est déjà bien. Avec votre permission, je l'emmènerai déposer ses vieux jouets chez Emmaüs.
La maman hocha la tête en signe d'accord.
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Même les côtés sont décorés, les anses et le dessous aussi !

J'ai donc conduit Émilien et ses jouets chez Emmaüs, c'est lui qui a fait l'action de donner mais je guettais discrètement chacun de ses regards, chacune de ses expressions.
Il a vu des gens négocier un achat à un euro, il a vu des habits de marque vendus 3 euros, il a trouvé les employés "un peu chelou", cela m'a fait sourire et permis d'expliquer ce qu'était la réinsertion.

Émilien et moi sommes devenus "amis", je lui ai fait découvrir des activités qui ne s'achètent pas comme la pêche à la ligne, la pêche à pieds, la reconnaissance de la faune par les traces dans le sable, il a vu et photographié la grande Couleuvre de Montpellier lovée dans la dune... et moi j'ai gardé ce cabas en souvenir d'un gamin qui était infecte... mais seulement par mimétisme.

    Le fameux sac a été crée par une styliste pour les Éditions La Marelle (c'est écrit dessous ;-), il était collector et offert quand les achats de livres dépassaient une certaine somme.
Je l'adore même s'il commence à montrer quelques signes de fatigue. Faut dire qu'il a connu les palourdes dégoulinantes d'eau salée, les coquillages ensablés autant que toutes sortes d'herbes folles !

18/04/2018

Le Pastoralisme, retour 10 000 ans en arrière

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C'est quoi, le Pastoralisme ?

C'est l'action d'ouvrir ses portes aux troupeaux afin qu'ils pâturent chez nous, autour des lieux publics en zone rurale ET urbaine, sur nos chemins jamais entretenus.

La cause initiale au retour du pastoralisme réside sans doute dans la recrudescence des incendies dévastateurs, le Var et la Corse s'y mettent aussi... Enfin !

En Cévennes, les éleveurs ont signé un Pacte Pastoral, tous unis pour la même cause : Avoir des bêtes libres, heureuses, des pâtures gratuites et par voie de conséquence, du lait (donc des fromages) au goût exceptionnel, ainsi que de la viande de très haute qualité.
Nous sommes tous concernés.

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Oui d'accord, je suis tout petit mais je participe aussi !

Il est intéressant de comprendre les conséquences de ces troupeaux nomades :
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Sur l'exemple ci-dessus, nous avons un habitat de gîtes collé à celui du propriétaire.
Aller tondre l'herbe et les buissons dans les pentes escarpées s'avère très décourageant... mais pas pour le bétail !
Tout cet espace vert sera nettoyé sans effort, sans dépense et sans pollution, bien au contraire, la terre sera fertilisée par les déjections des animaux.
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Dans les sous-bois, adieu buissons (qui peuvent devenir ardents au moindre jet de mégot), adieu branches basses, la forêt s'aère et surtout, le pâturage empêche les arbres de prendre le dessus sur d'autres végétaux qui étaient étouffés.

Il faut bien savoir que certaines espèces végétales ont besoin d'être broutées et digérées puis rejetées pour devenir fertiles. Et cet herbage est hyper important pour que la biodiversité revienne au premier plan.
Exemple :
La fameuse Armoise, les acacias, les hellébores empoisonneuses (qu'aucun animal ne mange) ont pris l'ascendant sur les bonnes herbes ; le pastoralisme redonne l'équilibre à la nature.
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Ajoutons que les chemins de randonnées ont besoin d'être nettoyés, les moutons s'en chargent avec plaisir.
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Sous surveillance, certes !

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En Cévennes (et ailleurs aussi !) la transhumance est toujours une grande fête estivale mais les bergers ne veulent plus d'une seule sortie annuelle, elle sera désormais quotidienne.
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Bah.... je suis ridicule en ce jour de fête, on m'affuble d'un tas de pompons colorés et de clarines (cloches) autour de mon cou qui me cassent les oreilles, les gens crient, ils sont heureux de reprendre contact avec le passé, on fait de moi une star occasionnelle.... Vivement qu'on m'enlève fanfreluches et sonnailles pour que je redevienne un simple mouton qu'on envoie paître !
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Voilà, ça y est, le troupeau s'est éloigné du village et de ses flonflons, la barrière a été ouverte, on va se gaver !!!

Mais surtout, les voies d'accès et certains chemins forestiers seront nettoyés et dégagés par les bêtes.
La qualité du paysage s'en ressent, son attrait touristique aussi.
Les éleveurs sont inquiets du réchauffement climatique, le pastoralisme résout en grande partie le problème des cultures fourragères qui peinent à croître car hors période de neige, les troupeaux vont paître partout où les propriétaires terriens ont accepté d'ouvrir leurs clôtures à ce "corridor écologique ambulant".

Autres conséquences :
-- Le danger du loup est écarté, le troupeau restant en basse altitude.
-- La maladie de Lyme reculera grâce au nettoyage des herbes folles et des buissons qui abritent les tiques de plus en plus nombreuses (30 000 nouveaux cas de Lyme en 2016)
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Le berger sera heureux de discuter avec la population et d'expliquer sa "nouvelle" stratégie environnementale.

Les aires de camping seront merveilleusement nettoyées, les bords des routes aussi.
D'autre part, certaines communes ont placé des panneaux incitant les automobilistes à la patience s'ils se trouvent soudainement derrière un troupeau...

Dans le Pacte Pastoral, le législateur intervient afin de valider le mouvement :
Aucune obligation n'est ordonnée quant à enlever les chaînes des portails privés mais... en cas de vente du terrain, l'acquéreur devra ouvrir et laisser passer les troupeaux. Cela se nomme la "servitude pastorale", une forme de solidarité imposée, en quelque sorte...

Un zonage pastoral est établi, y compris dans le fameux PLU (plan local d'urbanisme).

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Alors devant chez vous, devant votre caravane ou votre tente de camping, si je viens à passer avec mes potes laineux... ne nous jetez pas la pierre, c'est pour votre bien que l'on travaille !

Je remercie vivement les acteurs engagés de Causses-Cévennes Pastoralisme, la Maison de Pays de Valleraugue ainsi que la Communauté des Communes pour le prêt de leurs images.